Autant qu’il m’en souvienne !

I Piat fin vie - Copie (2)

Pour les uns, Jean Piat est avant tout l’historien de Roubaix (Roubaix : capitale du textile ; Les Grands événements mémorables de Roubaix ; Roubaix : histoire d’une ville socialiste) ou le biographe de personnalités roubaisiennes (Jean Lebas, Victor Provo ou Mimerel). Pour d’autres, c’est celui qui s’est penché sur des écrivains roubaisiens, Louis Dottignies ou Gustave Nadaud. Pour d’autres encore il est le journaliste polémiste de La Bataille, puis le correspondant parisien de Nord Matin, ou le collaborateur de Nord éclair. D’autres enfin ne connaissent que le résistant et le militant socialiste, l’ami de Victor Provo.

Jean Piat a été tout cela et bien d’autre choses encore. Mais il a été avant tout Roubaisien. Né par les hasards de la guerre (la Première !) à Lens, Il a vécu son enfance à Roubaix, fréquenté l’école de plein air, suivi les cours de l’Institut Turgot en un temps où c’était le seul « escalier» qui permettait aux meilleurs fils de la classe ouvrière de progresser dans l’échelle sociale ; l’Institut Turgot où il a eu comme professeur Napoléon Lefebvre, et s’est lié d’amitié avec cet autre littérateur qu’était Octave Vandekerkhove. Employé à La Lainière, Jean Piat la quitta pour rejoindre les services municipaux. Résistant, il dirigea le service municipal du ravitaillement pendant La guerre (la deuxième), avant de créer à la Libération Nord Matin à la demande d’Augustin Laurent. Puis pour des raisons de carrière, il quitta Roubaix pour Paris. Intime de l’helléniste Bracke-Desrousseaux (le fils de l’auteur de L’canchon dormoire), rédacteur en chef du Populaire sous l’autorité de Léon Blum, il dirigea les services de presse de Vincent Auriol, président de la République, et de Guy Mollet, président du Conseil, son cœur était resté chez nous.

Aussi, lorsque l’âge venant, arriva le moment de régler ses affaires, il décida de son vivant de faire don de sa bibliothèque de travail et de sa très riche documentation sur Roubaix et le socialisme à notre médiathèque, dont il était un ami fidèle. Il y ajouta ses manuscrits non publiés, chargeant le directeur de cet établissement d’en éditer ce qui pourrait l’être. Ce don, le premier de cette importance, marqua une nouvelle orientation dans la politique de la médiathèque, entraînant d’autres dons et legs, ceux de Charles Verstraete –qu’il avait aidé à rédiger ses mémoires-, de M. Hibon, de Mme Vandekerkhove, Jacques Cerruti, Alain Woisson pour le fonds Gordon Heath-Lee Payant, Mme Prouvost pour la bibliothèque de son mari, le fonds Diligent et bien d’autres à venir… Jean Piat légua dans le même temps à la Piscine une collection de dessins, tableaux et sculptures. Ainsi qu’il l’écrit dans son autobiographie Autant qu’il m’en souvienne… – que Lire à Roubaix, l’association des Amis de la médiathèque publie aujourd’hui- : Au surplus, je dois tout à Roubaix : école primaire, école de plein air, Institut Turgot, foyer d’éducation ouvrière, musée des beaux-arts, galerie Dujardin et neuf ans de travail à la mairie. Il est juste que je m’en souvienne et que j’en restitue un peu avant de prendre congé…

Bernard Grelle

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