Nord Éclair 13 janvier 2016

Maxence Van Der Meersch Photo NE

Maxence Van Der Meersch Photo NE

VAN DER MEERSCH, UN AUTEUR DÉPASSÉ MAIS CINÉMATOGRAPHIQUE
Alors que le prix Goncourt 1936 a disparu il y a 65 ans ce jeudi, Michel David évoque ce qu’il reste de Maxence Van der Meersch à Roubaix en 2016. Membre de la Société d’émulation de Roubaix, Michel David fut le commissaire de l’exposition consacrée à l’auteur de « Invasion 14 » et de « Quand les sirènes se taisent » à l’occasion du centenaire de sa naissance, en 2007.
Auteur roubaisien, que représente Maxence Van der Meersch pour Roubaix ?
« Maxence Van der Meersch représente, au moment où Roubaix se transforme, cette mémoire du passé ouvrier de la ville. C’était un auteur extrêmement populaire, Quand les sirènes se taisent était un roman très connu dans le monde ouvrier et Corps et Âmes fut le best-seller de la Seconde Guerre mondiale. Pêcheurs d’hommes fut un livre influent dans la formation des Jocistes (JOC, Jeunesse ouvrière chrétienne, ndlr). Invasion 14, qui se passe à l’Épeule durant la Grande Guerre, est, de mon point de vue, son livre le mieux écrit. Mais dans les années 70, Van der Meersch avait quasiment disparu. C’était un auteur un peu daté, stylistiquement dépassé par le Nouveau roman et le roman américain. »
Que reste-t-il de l’écrivain en 2016 ?
« Il y a eu un regain d’intérêt depuis les années 80, un certain nombre de projets ont été développés autour de la mémoire du territoire et du textile. J’y ai participé, notamment à l’occasion d’une exposition à la bibliothèque municipale de Lille, en 1982. Pierre Prouvost, maire de Roubaix, m’avait demandé de préparer aussi une expo à la bibliothèque de Roubaix. À la même période, la Revue du Nord a consacré une série de numéros spéciaux à Maxence Van der Meersch. Il y a aussi eu deux colloques importants organisés par l’Université d’Artois, dont un à Roubaix, dans les années 2000, et, bizarrement, des Américains ont travaillé des thèses sur lui. La dernière grande exposition, pour le centenaire de sa naissance en 2007, a eu lieu à la médiathèque de Roubaix. Mais cette séquence, liée à la disparition du textile, est à présent terminée. Ceci étant, j’ai encore fait cette année une conférence sur Invasion 14 à la Grand-Plage. »
Que reste-t-il du Roubaix de Van der Meersch ?
« Évidemment, beaucoup de choses ont disparu – à commencer par la rue des Longues-Haies (cadre du roman Quand les sirènes se taisent, ndlr) – mais quand vous le lisez attentivement, vous vous apercevez que beaucoup de lieux existent toujours. Dans Invasion 14, il parle du couvent des Clarisses. On peut reconstituer des itinéraires de Van der Meersch dans Roubaix – ça a d’ailleurs été déjà fait –, ses maisons existent encore. Mais beaucoup d’usines ont disparu, c’est un Roubaix qui s’efface peu à peu. »
Parlera-t-on encore de Van der Meersch à l’avenir ?
« Même si c’est un peu lourdingue pour nos critères de lecture d’aujourd’hui, on a vu d’autres sorties littéraires du purgatoire ! Des universitaires pourraient en parler, mais aussi la BD ou le cinéma. Il y a des scènes d’Invasion 14 qui sont tout à fait cinématographiques. C’est un peu son Guerre et Paix et il y a de quoi faire. Peut-être trouvera-t-on un réalisateur pour le porter à l’écran ? »

Propos De Michel David Recueillis Par Julien Gilman

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