DES BIBLIOTHÈQUES ET DES LECTURES POUR LES OUVRIERS AU XIXe SIÈCLE

Le cas de Roubaix

L’histoire de la lecture prolétarienne, ouvrière et paysanne, est encore à écrire. Ignorant la lecture paysanne, les auteurs s’en tiennent à des généralités réductrices qui limitent la lecture ouvrière à celle du livre, et la noient dans la lecture populaire. Or elles ont des origines et une histoire bien distinctes. La populaire relève d’une politique nationale éducative marquée par l’idéologie républicaine et mise en œuvre par les maîtres d’école et des desservants paroissiaux. Elle a ses archives, ses bâtiments, sa mémoire. L’ouvrière relève de l’initiative privée. Elle n’a existé que dans des villes et des zones industrialisées où œuvraient des patrons éclairés et des salariés aux motivations disparates. Elle n’a que des mémoires locales dispersées. Ses organisations ont été précaires, et elles ont disparu avec leurs fondateurs.

La réhabilitation des cultures et des langues régionales dans la politique et l’opinion françaises nous invite aujourd’hui à en collecter les vestiges avec leurs particularités culturelles, et à les intégrer dans une histoire renouvelée de la lecture de masse. C’est dans cette perspective que la SHL a proposé à Bernard Grelle d’inaugurer la nouvelle série de ses Matériaux et d’y présenter l’enquête qu’il mène depuis plus de quinze années sur l’offre de lecture à Roubaix et dans le Nord‑Pas‑de‑Calais.

L’attention que l’auteur porte à la lecture ouvrière bouscule quelque peu un des fondements de la recherche académique, à savoir la liaison indissoluble des trois concepts Lecture/Livre/Bibliothèque. Admissible pour les classes moyennes et supérieures, ce lieu commun ne vaut pas pour le prolétariat. Aussi Bernard Grelle a‑t‑il orienté son enquête vers les autres sources de lecture : imprimerie, librairie, presse, cabinets et sociétés de lecture. On y découvre une singularité : des journaux flamands et une bibliothèque franco‑flamande à l’usage des ouvriers belges, immigrants et frontaliers. C’est là une ouverture originale pour les chercheurs des régions multilingues.

Noë Richter

Président de la Société d’histoire de la lecture

Grelle Bernard, Des Bibliothèques pour les ouvriers, et des lectures de ceux-ci au XIXe siècle : Le cas de Roubaix, 25 X 17,2 cm • 64 pages, (Matériaux pour une histoire de la lecture et de ses institutions, 2e série, n° 1)

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