AMMA n°1 : La construction de logements à Roubaix après 1945

Au sortir de la seconde guerre mondiale, Roubaix ne peut pas être considérée comme une ville sinistrée, comme les villes de Caen, Le Havre ou encore Maubeuge. L’occupation allemande fut moins lourde qu’en 1914-19181, et la ville a été relativement peu bombardée2. Cependant, selon une expression largement employée à cette époque, si Roubaix n’est pas une ville sinistrée par la guerre, elle l’est par la vétusté…

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Le Nouveau Roubaix

État des lieux

En effet, durant le dix neuvième siècle, la ville s’est développée sans réel plan d’urbanisme, construisant ses forts dans la campagne environnante, puis entassant ses courées sur les parcelles laissées disponibles par l’expansion industrielle. Roubaix atteint l’apogée de sa population à l’entrée du siècle : 124.365 habitants. Après s’être donné des limites au nord avec le canal et le chemin de fer, la ville s’est agrandie par ceintures successives vers le sud : rue du tilleul/Jules Guesde, boulevard de Reims, avenue Linné… Tous les quartiers qui font partie du développement textile des années 1860-1890 sont touchés par l’insalubrité, la vétusté. Les décrets d’alignement, les commissions des logements insalubres peuvent difficilement faire face à l’ampleur de la tâche.

Cependant, dès avant la première guerre mondiale, des initiatives de construction existent déjà, généralement liées au patronat roubaisien. Ainsi la cité Saint Henri a-t-elle été bâtie sur une parcelle donnée par un industriel roubaisien, fait remarquable dans une ville où la cherté du terrain est importante. Quelques sociétés de logements ouvriers se sont fondées sur les systèmes d’épargne, mais les délais d’achat de terrains et de construction sont lents, certaines maisons faisant l’objet de tirages au sort ! Très vite, une concurrence féroce s’organise autour de l’achat foncier, qui devient un marché. Créée en 1895, la société anonyme d’habitations à bon marché, La Ruche Roubaisienne, deviendra une importante société obligataire, et mènera de nombreux chantiers, avant de connaître quelques problèmes de réception de travaux. Alors que la spéculation sur le prix des terrains empêche tout projet de grande ampleur pour le logement ouvrier, le maire socialiste Henri Carrette et son équipe travaillent à améliorer les conditions de vie des plus démunis, avec la création des cantines scolaires et un programme d’adjonction d’eau potable.

Cependant la loi Siegfried sur les HBM existe depuis 1894 ! Il faudra l’intervention de l’Etat, après la grande guerre, pour permettre dans le cadre du programme de reconstruction, la mise en œuvre d’un grand projet pour le logement ouvrier. En 1920, le maire socialiste Jean Baptiste Lebas, crée l’office municipal HBM de Roubaix, qui mène à bien une importante opération immobilière en trois tranches, 1923, 1927 et 1930, entre la rue Jean Macé et le Boulevard de Fourmies. C’est à cet ensemble de maisons et d’immeubles dits habitations à bon marché (HBM) que le quartier doit son nom de Nouveau Roubaix. La ville n’a pas atteint ses limites de territoire et dispose encore de surfaces constructibles, sous réserve d’acheter ces terres agricoles ou gérées par des sociétés. Mais on n’a pas encore touché aux courées et aux forts d’antan.

Après la seconde guerre mondiale, la reconstruction est à l’ordre du jour. Le syndicat patronat textile4 a créé en 1943 le Comité Interprofessionnel du Logement, organisme à gestion paritaire, sous l’impulsion d’Albert Prouvost de Maigret, et de syndicalistes comme Gabriel Tetaert et Robert Payen et avec la bénédiction du maire socialiste Victor Provo. De son côté, la ville va poursuivre son programme de construction de HLM6, tous ces chantiers se déroulant sur des surfaces disponibles. Puis, ayant épuisé l’espace libre, il faudra bien se préoccuper de la rénovation des anciens quartiers.

Philippe Waret

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